6 juil. 2010

Usbek et Rica : Le futur n'est pas mort



Montesquieu, Lettres Persanes - Lettre XXIV - Rica à Ibben :
"Paris est aussi grand qu'Ispahan : les maisons y sont si hautes, qu'on jugerait qu'elles ne sont habitées que par des astrologues. Tu juges bien qu'une ville bâtie en l'air, qui a six ou sept maisons les unes sur les autres, est extrêmement peuplée; et que, quand tout le monde est descendu dans la rue, il s'y fait un bel embarras. 
(...) Ne crois pas que je puisse, quant à présent, te parler à fond des moeurs et des coutumes européennes: je n'en ai moi-même qu'une légère idée, et je n'ai eu à peine que le temps de m'étonner. 
Le roi de France est le plus puissant prince de l'Europe. Il n'a point de mines d'or comme le roi d'Espagne son voisin; mais il a plus de richesses que lui, parce qu'il les tire de la vanité de ses sujets, plus inépuisable que les mines. On lui a vu entreprendre ou soutenir de grandes guerres, n'ayant d'autres fonds que des titres d'honneur à vendre; et, par un prodige de l'orgueil humain, ses troupes se trouvaient payées, ses places munies, et ses flottes équipées. D'ailleurs ce roi est un grand magicien: il exerce son empire sur l'esprit même de ses sujets; il les fait penser comme il veut. S'il n'a qu'un million d'écus dans son trésor et qu'il en ait besoin de deux, il n'a qu'à leur persuader qu'un écu en vaut deux, et il le croient. S'il a une guerre difficile à soutenir, et qu'il n'ait point d'argent, il n'a qu'à leur mettre dans la tête qu'un morceau de papier est de l'argent, et ils en sont aussitôt convaincus. Il va même jusqu'à leur faire croire qu'il les guérit de toutes sortes de maux en les touchant, tant est grande la force et la puissance qu'il a sur les esprits (...)"


Édifiante, la relecture des grands textes. Dans l'exercice de notre esprit critique, ils prêtent secours. Dans l'éclairage de notre époque, ils sont déconcertants. Montesquieu à travers la correspondance des persans, dont Usbek et Rica, ne nous épargne pas, et c'est bien fait pour nous.

Je suppose que c'est ce qui a motivé les créateurs de la nouvelle revue, Usbek et Rica. Des petits malins, cultivés et - mais l'avenir nous le dira - normalement inspirés. Ils affichent la couleur en choisissant une référence partisane et critique.

Usbek et Rica, c'est "une nouvelle aventure intellectuelle, indépendante et collective. Autrement dit, c’est un magazine. Ou peut-être un livre ? Serait-ce plutôt une BD ? En fait, c’est tout ça à la fois. C’est un produit de presse d’un nouveau genre, trimestriel, de 200 pages.". Et les valeurs ? "...la démocratie et la liberté, la beauté et la culture, la vérité et la justice. Ils nous servent à comprendre aujourd’hui et inventer demain. Et comme nous souhaitons prolonger nos réflexions par une démarche concrète, nous reversons un pourcentage de nos bénéfices au monde associatif. Parce que le futur n’est pas mort !"

Ok, le futur n'est pas mort, ça rassure clairement, mais encore faut-il le prouver. Y'a plus qu'à.
 

0 commentaires:

Enregistrer un commentaire